En savoir plus


Ce texte a été écrit par Hugo V. Paquette, étudiant Ph.D en stratégie et responsabilité sociale d'entreprise.

Le débat sur les pailles, une histoire de contexte

Depuis plusieurs décennies la planète se dégrade à une vitesse qui ne cesse d’accélérer. En 2005, l’ONU a publié un rapport sans précédent sur l’état du monde, professant que près de 60% des écosystèmes seraient menacés (Gendron, 2007.). Ce rapport a été confirmé par l'état des derniers travaux scientifiques (GIEC, 2018). La dégradation environnementale atteint des sommets, certains parlent désormais de l’ère de l’Anthropocène pour illustrer la période dans laquelle l’Humain est devenu une force géologique majeure (Servigne et Stevens, 2015). Ce n’est pas seulement l’environnement qui est menacé, c’est aussi la santé des êtres humains et la pérennité de la civilisation toute entière. Les enjeux environnementaux sont aujourd’hui reconnus de façon quasi-unanime et soutenus par des groupes de pression influents et de mouvements populaires d’envergure. Les nombreuses grèves pour le climat qui ont lieu simultanément dans plusieurs pays en témoignent.

La lutte contre la pollution plastique est l’un des emblèmes de cette prise de conscience. Elle catalyse une remise en question de la surconsommation, parfaitement illustrée par les objets à usages uniques, et des produits issus de l’industrie pétrochimique dont les impacts environnementaux sont considérables. Ces deux mouvements sont complémentaires, et la paille en plastique en est l’une des grandes figures de proue. La paille en plastique traditionnelle est donc critiquée, car elle a pour vocation d’être aussitôt jetée après une brève utilisation et que sa fin de vie est polluante. En effet, lorsque les pailles ne se retrouvent pas dans les océans pour être avalées par des animaux marins (dont les images chocs ont fait le tour du monde) elles vont à la poubelle. C’est donc une immense quantité de déchets qui est produite chaque jour à cause des pailles en plastique. Rien qu’au Canada, Greenpeace évalue à 57 millions le nombre de pailles jetables consommées de façon journalière au Canada seulement. Seules quelques pailles en plastique, composées de polypropylène, sont théoriquement recyclables. Cependant les centres de triage peinent à les mettre de côté parce qu’elles sont en général trop petites. Au final, presque toutes les pailles en plastique, qu’elles soient recyclables ou non, finissent dans un centre d’enfouissement. La critique des pailles en plastique a un fort écho dans la sphère médiatique et publique car cette lutte représente un objectif tangible et atteignable. En ce sens, lutter contre les pailles en plastique, c’est faire preuve de pragmatisme et c’est aussi s’attaquer à l’un des symboles de la surconsommation de notre société.

 

Les conséquences environnementales de la paille en plastique

Actuellement, la paille en plastique populaire occupe le 8e rang des déchets les plus retrouvés dans les océans (National Geographic, s.d.). Il est d’ailleurs estimé qu’environ 8,3 milliards de pailles tapissent les plages du monde entier (National Geographic, s.d.). Il faut savoir qu’une paille en plastique n’est pas biodégradable et qu’elle met près de 200 ans pour pouvoir se dégrader (GetGreenNow, 2018). Les conséquences ont d’importants impacts sur la faune. Chaque année, près d’un million d’oiseaux de mer et 100 000 animaux marins meurent suite à l’ingestion d'une quantité considérable de plastique (GetGreenNow, 2018). Bien que la paille en plastique ne représente qu’environ 0,025 % des tonnes de plastique qui se retrouve dans les océans chaque année (Global News, 2018). Sa petite taille en fait l’un des pollueurs les plus nocifs puisqu'elle s’infiltre partout et est consommée par la faune marine. Toutefois, n'étant pas biodégradable, la paille ne disparaît jamais totalement ; elle se fragmente en très petits morceaux qui deviennent invisibles à l’oeil nu. Ce sont les microplastiques qui se retrouvent partout dans l’environnement (Rochman, 2018). Pour couronner le tout, durant sa dégradation la paille en plastique libère des produits chimiques qui sont toxiques pour la faune et l’environnement.